« Je ne serais pas arrivée là si… » : intimités partagées par Annick Cojean

Invitation au voyage intérieur, 27 femmes se racontent.

annick-cojean

D’elle, je ne connais que le nom : Annick Cojean grande reporter au journal Le Monde.
Je n’ai encore rien lu d’elle mais ces entretiens parus en février chez Grasset éveillent ma curiosité de part les noms apposés sur la couverture du livre : « Je ne serais pas arrivée là si… »

L’interview est l’art de la rencontre.

Avec cette accroche ouverte sur l’immensité des possibles, Annick Cojean écoute et questionne 27 femmes. Elle rassemble pour nous leurs témoignages.
Actrices, écrivaines , chanteuses, femmes politiques, ou personnalité de la vie publique, elles se prêtent toutes au jeu avec une grande confiance. Elles sont 27 à représenter le féminin, de Patti Smith à Nicole Kidman, en passant par Véronique Sanson, Anne Hidalgo, Christiane Taubira, Dominique Blanc, Virginie Despentes, Hélène Grimaud ou Amélie Nothomb. Des femmes de caractères aux vies parfois parsemées de  violences.

Avoir traversé toutes ces épreuves fait-il de vous quelqu’un de plus fort ?
Pas du tout. Quelque chose en vous meurt chaque fois. Quelque chose survit. Et la littérature est pour moi le seul moyen pour que les deux parties continuent de communiquer.
Asli Erdogan

J’en connais la plupart, je découvre les autres. Je suis intriguée par leurs motivations, je suis triste de reconnaître chez certaines le traumatisme initial d’un viol qui scellera néanmoins la force et les déterminations.

Ce qui m’est arrivée à 12 ans [un viol] était une dégradation. Et la dégradation demeure à tout jamais. Elle explique cette fragilité immense qu’il me faut vaincre tous les matins et la nécessité vitale d’écrire qui en résulte. Tous les matins, je dois me battre. Et tous les matins, tout est à recommencer. Car les forces obscures sont toujours en moi.
Amélie Nothomb

Écoute et bienveillance

Le souvenir est une chose essentielle et précieuse. Écouter les voix, donner la parole.
Ce qui est précieux, ce sont les mots de ces femmes, leurs histoires, leurs vies.
Donner une voix aux femmes.
J’ai été très émue et touchée par la délicatesse avec laquelle Annick Cojean s’efface pour laisser la place à l’interviewée, la confiance extrême avec laquelle ces femmes se livrent.

Mais la rencontre n’est pas tout. Reste à l’écrire et à la partager.(…) J’ai ma boîte à outils. Je rabote, je lime, je scie. Pour mieux les faire entendre, leur être le plus fidèle possible, et retranscrire leur émotion, je peux passer vingt heures.

Annick Cojean s’invente en artisan des mots et architecte de la sensibilité. Chaque vie est un bouleversement de vérité qu’elle tisse pour nous rendre palpable l’émotion de la rencontre, du son, de la voix, des gestes, du vivant.
Lire le dernier livre d’Annick Cojean est comme se réveiller dans l’odeur enveloppante de l’herbe coupée, un après-midi d’été. C’est chaud, agréable et rassurant : ça a presque quelque chose de maternel. On accompagne ces témoignages, tenus par la main emphatique d’Annick Cojean.

La place de la mère.

Le livre est dédié à sa mère « À maman, toujours. »
C’est souvent ce qui ressort de ces entrevues aussi. L’histoire de ces femmes se construit dans l’enfance autour de l’amour reçu de leur mère, de sa force ou au contraire sur ce manque d’amour qui laisse au bord de l’abîme.

Elle me disait toujours : « N’accepte jamais moins que ce qui serait juste. » Elle a ainsi planté très tôt en moi cette petite graine qui me rend insupportable la différence de traitement entre les hommes et les femmes.
Nicole Kidman

J’aurais pu dire : je ne serais pas arrivée là si, petite fille, je n’avais pas été aussi folle d’amour pour ma mère. J’aimais aussi mon père, mais il ne me faisait pas triper. Mon trip, c’était ma mère.
Je ne cessais de lui dire et redire « Maman, je t’aime. Maman, aime-moi ! »
Amélie Nothomb

Elle ne m’aimait pas. Elle m’a dit un jour que j’étais le fruit d’un viol. J’étais encore très jeune et ignorante, j’ai donc désespérément cherché quel pouvait être cet arbre au nom étrange qui donnait des fruits.
Juliette Gréco

Un socle fondateur dans le parcours de vie de ces 27 battantes et au-delà souvent un socle universel.

Superbe géographie des vies.

Le livre s’ouvre comme un dictionnaire des émotions, une encyclopédie de vie. 

Enthousiasme forcené pour la vie, les gens, la nature, les plantes, les arbres, les fleurs sauvages, les voyages. Et plus que tout, appétit insatiable pour le travail des autres. Vous n’avez pas idée de l’importance qu’ont eue les livres dans mon enfance. Je ne pensais qu’à ça : un nouveau livre ! Vite un nouveau livre !
Patti Smith

Annick Cojean aborde la vie avec un émerveillement dans les yeux, un sourire chaleureux et une délicatesse dans la voix. Il y a quelque chose de rassurant chez elle que je ne saurais expliquer vraiment mais qui me touche. Une sorte de force fragile.

Cojean

Cet article est nourri du livre « Je ne serais pas arrivée là si… » et du très beau moment de radio avec « Annick Cojean la questionneuse » par Laure Adler dans l’émission l’heure bleue sur France Inter.

« Je ne serais pas arrivée là si… » Annick Cojean paru le 21/02/2018 chez Grasset/Le Monde
Pages : 320
Format : 140 x 205 mm
Prix : 20.00 €
Prix du livre numérique: 14.99 €
EAN : 9782246815808

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